De la délicatesse à l'âge de l'hyper-connexion
D'ordinaire, je publie un petit article en début de mois pour vous raconter ce qui a changé sur le site, mais puisque j'ai consacré la fin d'été, et sans doute un peu plus, à des projets qui me tiennent loin d'un écran, je vais vous parler d'autre chose.
J'imagine que c'est pareil pour la plupart d'entre vous, lorsqu'on donne aux moteurs de recherche mes nom et prénom, ils renvoient un tas d'informations. Ce n'est rien de bien méchant : des fragments de parcours professionnel, de vieux emails sur des listes de diffusion, des vestiges de vie étudiante, etc. Mais chaque fois que je confie mon adresse à un nouveau correspondant, j'ai cette petite voix dans la tête qui me rappelle que tout ça devient du même coup à portée de clic. Et je me demande ce que mon partenaire d'écriture en devenir en pensera, et comment sa lecture de mes lettres s'en trouvera orientée.
C'est inévitable, je pense. Pour reprendre l'exemple de la profession, si LinkedIn vous dit que je dirige des équipes d'ingénieurs, l'image mentale que vous vous ferez sera très différente de celle que vous aurez si vous y découvrez que je suis agriculteur. L'une n'est pas meilleure que l'autre, seulement, elle colore différemment les mots que vous recevrez.
Ça fonctionnne aussi dans l'autre sens : pendant longtemps, je faisais une petite recherche sur les personnes avec lesquelles je commençais à échanger. Une petite recherche anodine… jusqu'à ce que je me rende compte qu'elle teintait immanquablement l'énergie que je mettais dans les débuts. Une sorte de biais autoréalisateur sur la possibilité de rencontrer l'autre, vraiment.
Maintenant, je prends le contrepied de cet élan. D'abord en renonçant à ces canaux d'information parallèles, puis en proposant carrément au début d'une nouvelle conversation que ce renoncement soit réciproque. Pour prendre le temps de prêter attention aux mots de l'autre et aux facettes de sa personnalité qu'il ou elle aura souhaité exprimer par l'écrit. Bien souvent, ça ne cadre pas avec les petites cases dans lesquelles je l'aurais mis d'office. Et c'est très bien ainsi : chacun de nous a plus de profondeurs qu'un métier, qu'une situation familiale, ou qu'un aperçu de publications sur les réseaux sociaux.
C'est une autre forme de déconnexion : accepter d'ignorer ce qu'on pourrait découvrir et laisser les choses s'esquisser d'elles-mêmes, à leur rythme. Il suffit de si peu de choses pour renfermer la possibilité d'un échange authentique, et il me semble que cette ignorance volontaire est un moyen de lui donner un peu plus de chance de naître.
Et vous, comment vous y prenez-vous pour éviter de ranger trop vite vos correspondants dans les petites cases de l'esprit ?
par Alef, le 15 septembre 2026