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Terre délavée et craquelée

L'autre et l'I.A.

Certains d'entre vous ont peut-être noté la mention discrète de « l'intelligence artificielle », qui s'est glissée dans le mode d'emploi du partage de textes. Je n'y avais pas pensé à la première mise en ligne. Ce n'est venu qu'après, à la manière d'un garde-fou, plutôt que comme une véritable préoccupation. Des anecdotes récentes me laissent penser que j'ai peut-être été naïf sur la façon dont ces nouveaux outils se banalisent dans la quotidien et, pour ce qui nous concerne, dans l'écriture. Alors il me paraît utile de préciser leur place sur s'écrire.fr. En un mot : limitée.

Pour faciliter la lecture, la suite utilisera le sigle « I.A. » pour désigner « l'intelligence artificielle », sans recours systématique aux guillemets, mais sans que cela ne vaille acceptation de l'emploi du mot « intelligence » pour désigner ces outils.

Les mots qui relient

Dans l'action de lire, une foule de projections et d'hypothèses oriente le sens que nous donnons aux mots et, par suite, teinte les émotions qu'ils font naître en nous. Un même récit ne vous atteindra pas de la même façon si je vous dis qu'il s'agit d'une fiction ou d'une histoire vraie.

L'envie qui nous rassemble sur s'écrire.fr est de nous relier à l'autre par l'écrit. Les mots de cet autre nous offrent un fragment de son univers, quelque chose qui soit vraiment de lui, ou d'elle. Une sorte de contrat moral encadre l'échange, selon lequel celui ou celle qui écrit aura consacré une attention, un effort et un temps à livrer un bout de lui- ou d'elle-même, qui méritent que le lecteur prenne le temps de lire et, le cas échéant, de répondre.

L'I.A. viole ce contrat de deux façons : d'une part, en réduisant à presque rien l'effort d'envoyer des mots, et d'autre part, en ôtant toute trace de l'autre dans ces mots. Ce ne sont plus que des mots creux générés par une machine. Des mots qui ne méritent ni le temps de la lecture, ni celui d'une réponse. S'écrire.fr est un lieu pour partager et accueillir des fragments d'intériorité, pas des jolis mots dont l'origine importerait peu.

L'I.A. entre nous

Les mots générés par une I.A. me paraissent n'avoir aucune place sur la messagerie, sauf dans le cas marginal où ils seraient explicitement consentis au prélable par les deux partenaires de discussion.

Dans les textes partagés, en revanche, il me semble exister une zone grise. On peut imaginer l'I.A. comme outil de stimulation créative. Mais pour être acceptable, je pense que son usage devrait être, au plus, parcimonieux. Et avant de partager le résultat, j'inviterais l'auteur ou l'autrice à s'interroger :

  1. Y reste-il quelque chose qui soit authentiquement de moi et que j'ai envie de partager ?
  2. Voudrais-je proposer ce texte si je devais déclarer explicitement que j'ai eu recours à l'I.A. ?

Si la réponse n'est pas un double « oui », alors il est peut-être utile de reconsidérer.

C'est donc une position assez tranchée que s'écrire.fr adopte sur la question. La plupart d'entre vous s'y retrouveront sans doute. Je serais ravi d'échanger avec les autres et d'essayer de comprendre votre perspective. En attendant, je ne vous cache pas qu'il m'arrive de tester des détecteurs d'I.A. Mais leurs trouvailles seront, au pire, le début d'une conversation.

P.S. : S'il subsistait un doute, l'intégralité de s'écrire.fr est réalisé à la main sans aucune utilisation d'I.A. : code, textes, illustrations, etc.

par Alef, le 22 juin 2026